Garmin triathlon de Paris: CR

Encore un lundi matin où j'ai mal partout... enfin surtout aux bras cette fois. La natation dans le lac de choisy le roi ne m'a pas laissé que des séquelles psychologiques on dirait ;)

A la base, je n'avais nullement prévu dans mon calendrier de course de participer à ce triathlon. Yann qui l'avait fait l'année dernière avait vraiment envie d'y retourner mais bon à 150 euros le dossard avec licence ça fait mal au porte-monnaie. J'ai donc tenté un premier concours pour en gagner un pour lui (vu qu'il était blessé il ne pouvait pas relever le challenge lui-même) mais je n'ai pas gagné. Et puis, voilà que je tombe sur la page Facebook de Stimium qui faisait gagner 2 dossards aux photos d'entrainement les plus likées. Je suis la première à poster la mienne mais je ne m'attends à rien car dans ce genre de concours il y a toujours beaucoup de participants. Les jours passent et je me rends compte que j'ai finalement une chance car nous ne sommes que 2: moi et une amie de mon groupe RunInspired. Le matin du 24, les inscriptions pour le tri sont désormais closes et j'apprends que nous avons toutes les 2 gagné un dossard. Je suis contente, je vais pouvoir l'offrir à Yann. Mais voilà que mon amie, qui finalement, participe en relais avec deux autres amis à elle, m'offre son propre dossard! Me voilà donc obligée d'y aller aussi hein, j'allais pas laisser perdre un aussi beau cadeau :D

Samedi nous voilà donc sur Paris pour retirer les dossards sous des trombes d'eau. Mamamia s'il fait ce temps là demain ce n'est même pas la peine d'y penser. Le vélo sera archi casse-gueule et je ne parle même pas de la natation: mon gros point noir! Plus qu'un point noir d'ailleurs. Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis phobique de l'eau depuis toute petite. Une peur irraisonnée et difficilement contrôlable, très certainement transmise par ma maman de manière inconsciente. Je n'ai jamais trop fréquenté les piscines. Je garde un très mauvais souvenir d'un maître nageur en CP qui te jette dans l'eau et te fais suivre une perche que tu n'atteins jamais. Et là vous vous dites: mais en fait cette fille est une traumatisée du sport! Déjà qu'elle n'aimait pas courir. Maintenant elle nous dit qu'elle déteste nager! Je vous rassure j'aime bien le vélo :) même si je me souviens d'un jour où, petite, je fonçais dans une descente et où un rayon a fini son chemin encastré dans mon bras! Du coup, bah maintenant j'ai peur des descentes! lol (on se moque pas!)

Revenons à nos moutons... de mer évidemment. (Ouh là là qui dit jeux de mots pourris dit grande foforme ce matin! Ouais j'ai encore mal à la tête vous m'excuserez.)

Donc par pur ego je me suis inscrite carrément à un half iron fin août et bon bah séance de piscine obligatoire du coup. Je m'étais donc petit à petit familiarisée avec ce bassin étroit et long de 25m, à l'eau transparente qui sent bon le chlore rassurant. Mes deux séances hebdo commençaient doucement à ne plus trop me déranger. Je faisais des progrès en technique et travaillais sur ma peur. J'avais encore 3 mois pour me faire à l'idée de retourner nager dans un lac dégoutant qui pue l'oeuf pourri. Souvenez-vous de ma première expérience. OK 1900m ne serait pas de la tarte mais bon j'avais le temps de voir venir et de me désister si je ne le sentais vraiment pas.

Au final me voilà dos au mur. Un dossard offert ne se refuse pas (surtout à ce prix là!) mais voilà... j'allais devoir nager en milieu naturel (très certainement sous une pluie battante) 1500m... dans 1 jour!! What?? Euh... la boule au ventre a grossit grossit jusqu'à me donner des crampes d'estomacs horribles. Le soir j'essayais de faire bonne figure rigolant avec ma soeur venue dormir à la maison pour garder les mômes. 21H et Yann qui me dit: "Tu ne prépares pas tes affaires?" Moi qui suis si organisée et si prévoyante d'ordinaire... j'attendais vraiment la dernière minute pour tout sortir comme pour repousser cette peur viscérale qui me tordait les boyaux... en particulier cette horrible combinaison Cat Woman rose qui je le savais allait m'étrangler.

29 mai: 6h15. Le réveil sonne. M'en fiche de toute façon j'ai pas dormi. J'ai écouté la pluie toute la nuit. Enfin, son absence. Mais à 6h, comme de fait exprès, j'ai entendu les bruits des gouttes taper au carreaux me dire: allez debout c'est l'heure d'en chier!!

Je me prépare tant bien que mal. Je regarde dehors, il flotte. Et merde! Pourquoi la météo qui se plante totalement depuis 4 jours n'a pas continué à nous faire croire à de la pluie imaginaire? Cette fois c'est sur je vais mourir noyée... si je ne bois pas la tasse dans l'eau je boirai la tasse en essayant de respirer hors de l'eau. Le jour de la fête des mères en plus. Fuck. Pourquoi je ne suis pas comme celles qui demandent juste une jolie robe et un petit déj au lit, hein?

Finalement je suis prête avant Yann. Comme d'hab quoi.

7H45: On passe devant le plan d'eau. My God qu'il est sombre. Encore plus qu'hier non? Et Yann de me répondre bah c'est normal l'eau est toujours le reflet du ciel. Merci mon chéri pour tes précisions météorologiques très instructives et infiniment rassurantes. Je stresse comme une malade. J'ai les intestins en vrac. La nausée. La gorge serrée. Et Yann de continuer: Moi aussi je stresse. Quoi??? Comment ça? Mais tu n'as pas le droit toi qui sait parfaitement nager! Toi dont le sport préféré est la planche à voile! Toi qui ne veut passer tes vacances qu'au bord de la mer! Toi qui te baigne en Bretagne par 16 degrés au milieu des méduses!! J'apprendrai en arrivant que lorsqu'il est rentré dans l'eau, il a éprouvé quelques angoisses et s'est demandé comment j'allais faire. LOOOOOLL

8H: On dépose nos affaires dans le parc à vélo et je croise le regard d'un photographe en train de me mitrailler. Euh... pourquoi moi? Pour illustrer ce que veut dire l'expression: "je lis la peur sur ton visage"?

Garmin triathlon de Paris: CR

8H15: On se fait gentiment rappeler à l'ordre par l'orga. En gros, ça donnait quelque chose du style: "bougez-vous le culcul, le départ est dans quelques minutes et ceux qui ne seront pas à l'heure se taperont des pénalités!" Merci les gars pour le stress supplémentaire. Je vous avais dit que les arbitres en triathlon ils rigolaient pas! La veille, ils ont fait retirer les prolongateurs du vélo de Yann car il dépassaient des freins et m'ont fait coller au scotch marron un bouchon de bouteille sur mon guidon parce que j'avais un trou. C'est pour dire!

9h pile: départ de la première vague. Les bonnets bleus. L'élite. Ceux qui nagent sans respirer pendant 20mn. Sans combi dans de l'eau à 17 degrés. En marche arrière et sans les mains rien qu'avec la langue! Les warriors quoi. La vague de Yann. Et pour les encourager, une super musique d'ACDC! Un bisou plus tard, je me retrouve seule sur le bord à le voir nager et à l'encourager... pour que dalle il m'entend pas.

Puis les vagues s'enchainent et ça va très vite: Rouge, noir, vert et... rose. La mienne. Sauf que nous on a le droit à une musique bien flippante genre les dents de la mer le retour!

J'approche de l'escalier et je descends vers l'enfer... tintin! Non j'en rajoute pas! Je n'exagère jamais! L'eau est gelée. Ma combi se colle à mort contre ma peau comme si elle essayait de m'essorer. Mes lunettes s'embuettent instantanément et je suis aveugle. Et là c'est le drame. Crise d'angoisse multipliée par 100. Je suffoque. Je n'arrive pas à nager quoi que ce soit. J'avance en faisant la nage du petit chien. Je regarde les autres qui filent et je me retrouve vite seule au milieu d'un lac noir long de 1500m et large d'au moins 500. Les canoés se sont tirés vers le gros des nageurs en avant. Je flippe ma race. Je respire comme une asthmatique. J'avale de l'eau. Je crache. Je tousse et je continue de paniquer. Mon coeur s'emballe au fur à et mesure que ma combi m'étrangle. Je peux encore faire demi-tour. C'est sur je n'y arriverai jamais. Soudain je vois une dame avec le bonnet rose sur ma gauche, elle fait du dos, tranquillement comme dans sa piscine. Une petite mamie. Je me dis qu'elle a bien du courage. Oui mais elle n'est surement pas phobique des profondeurs elle! Je tente de mettre la tête sous l'eau. C'est horrible. Comme à Chantilly je ne vois rien. Et je me fais attaquer par des algues aussi épaisses et dures que des branches. Merde alors, je croyais qu'il n'y en avait pas cette année soit disant. Ma montre ne fonctionne pas. Je ne sais pas où j'en suis. J'ai l'impression d'être seule au monde. Non loin j'apperçois 2 bonnets verts. Un gentil couple dont le mari est là juste pour soutenir sa femme et la rassurer. Il lui parle gentiment. Elle n'arrive pas non plus à mettre la tête sous l'eau. Il lui dit que c'est pas grave qu'elle peut virer ses lunettes et brasser tranquillement, qu'ils ne sont pas pressés. J'ose lui demander si je peux rester près d'eux car je ne me sens vraiment pas bien. Je vois flou. J'ai la tête qui tourne. Je suis au bord du malaise. Il me dit que biensûr et que ça va aller. De loin il surveille aussi un ami qui n'a pas l'air en forme non plus. Le pauvre monsieur avec 3 boulets autour de lui il a bien du courage. Je vois le panneau des 250m. C'est tout?? Je n'arriverai jamais au bout. J'hésite à faire demi tour. Je pense à mes enfants et je m'imagine parachutée en pleine mer à la suite d'un accident. Je me fais des films et j'enclenche le mode survie. Celui où ton esprit déconnecte de la réalité et ne pense plus à rien à part rejoindre cette putain de rive. Je réussi à mettre la tête sous l'eau un coup sur deux puis à chaque coulée. J'allonge petit à petit mes mouvements car je commence à fatiguer des bras trop crispés. J'avance et je ne pense à rien. 500m. 750m. La moitié. Je suis épuisée. Vidée. Mais je nage. Je nage et ne pense qu'aux escaliers qui me feront sortir de cet enfer. 1000m. Le monsieur me dit que j'ai l'air d'aller mieux. Je lui dit que je fatigue. Et je vois sa femme qui nage de mieux en mieux. Si elle y arrive je vais y arriver aussi. Je me calme un peu. Et... je bois la tasse. Je panique à nouveau. Et me revoilà en train de faire le petit chien. Le coeur s'emballe à nouveau et je ne respire encore plus. J'arrive péniblement à 1250m et je vois la bouée rouge. Les escaliers du paradis! Je me ressaisi et accélère. J'ai mal au dos, aux bras, à la nuque, ça me brule. Ma poitrine se comprime mais je m'en fou j'accélère. J'attraque la rampe et m'extirpe de cette eau que je hais encore plus qu'avant. 46mn soit 1mn de plus qu'en piscine. Je titube et les secours veulent me fouttre sur une civière. Je refuse et je marche puis trotinne sur le tapis bleu comme un automate qui est programmé pour continuer d'avancer coûte que coûte. Je n'ai pas fini le job. Il me reste deux épreuvres. Le pire est derrière moi. 

Le lac la veilleLe lac la veille

Le lac la veille

Je me change et enchaine sur le vélo. Je souffle. Qu'est-ce qu'on est bien les deux pieds (ou roues) sur terre. Je bois. Je me force à manger un peu car j'ai toujours des étoiles devant les yeux. Mon coeur bat encore trop vite. Je perds un peu de temps sur le premier kilo le temps de retrouver mes esprits. Et puis j'appuie. J'ai mal aux pattes mais je m'en fou. J'ai du mal à reprendre ma respiration mais je prends de profondes inspirations et je roule. Je remonte du monde. Je suis contente. Je ne suis plus la dernière. Km 5 je croise une bagnole de flic qui m'encourage et me hurle: "Allez tu les rattrape!" J'appuie et je double plein de VTT. Je repense à moi l'année dernière me faisant doubler sur mon VTT. Je vois pas mal de monde changer de chambre à air. Je croise les doigts pour ne pas crever sinon ma course s'arrêtera là et j'aurai fait tout ça pour rien. Finalement mon petit Scott aura fait son job. Le parcours n'a rien d'exceptionnel et n'est pas si facile que Yann me l'avait décrit. Beaucoup de tunnels casse patte qui enchainent petites montées et petites descentes. De grandes lignes droites ennuyantes et pas mal de faux plat. En plus rouler seule c'est très dur car pas d'aspiration comme dans un peloton. Encore une fois je suis seule. Mais je roule. Et continue de dépasser des concurrents. Surtout des hommes. Il y a peu de femmes inscrites. Nous sommes seulement 137. Km 20 j'en ai déjà marre. Le temps ne passe pas assez vite à mon goût. Km 30. Je me plante de chemin et fais demi-tour. Ceux derrière moi me rattrapent et me demandent où est la route. Je leur dis que je ne sais pas trop mais ils me suivent quand même. Km 35 une fille me dépasse et se cale juste devant moi. Je profite de son aspiration pour me reposer. C'est nettement plus facile. Km 40. Je descends, remercie la fille qui ne comprend pas trop pourquoi puis rentre dans le parc à vélo qui est immense. Et évidemment je suis le dossard 1962 donc mon emplacement-vélo est tout à la fin. Je vire mes chaussures. Pas facile de courir avec les cales sous les pieds. Et je me rends compte que je cours dans des marres de boue avec les chaussettes qui vont devoir me servir à courir. Et merde, la conne. Des concurrents qui ont terminé dans les premiers sont déjà en train de récupérer leur vélo et gênent le passage de ceux qui sont encore en course. Pas cool. Nous sommes parfois obligées de marcher car impossible de les doubler dans les petites allées. Messieurs les organisateurs pensez aux derniers la prochaine fois. 1h40 de vélo soit 24,2km/h c'est pas terrible mais après une épreuve de natation si "éprouvante" (c'est le cas de le dire), je m'en contente. J'enchaine avec la course à pied et comme à chaque fois je suis étonnée de partir si vite. Je suis à 5,25 du kilo. Le vélo constitue un bon échauffement. Je réduis un peu l'allure et me cale sur 5,45. Je suis aux anges. Je suis dans mon élément. J'aurais pu terminer à cette allure s'il n'y avait pas au la montée interminable du 3ème km à se taper 2 fois. Et oui, le parcours de CAP était sympa dommage qu'il ait fallu faire deux fois le même tour. Au sortir de la première côte, je croise un mec encore jeune qui est en galère. Il marche et respire fort. Quand je passe je l'encourage et il me dit: "Vraiment bravo! Les femmes qui arrivent à faire ça sont vraiment fortes." ça me rebooste et je continue sur mon deuxième tour. Au ravito, je bois un verre d'eau et les bénévoles sont euphoriques, ça fait du bien. Un peu plus loin, dans la seconde cote, un autre bénévole arrête des piétons pour me laisser passer et au lieu de râler (ce qui arrive souvent) les gens tapent des mains et m'encouragent à fond. En haut de la côte, la route a été rouverte à la ciculation et 5 taxis me frôlent à la queue leu leu. J'ai eu un peu peur. Je regarde ma montre j'ai 500m de différence avec ce qu'ils annoncent sur les panneaux. Crotte. Je croise un couple dont la femme est venue juste pour courir à côté de son mari et l'encourager sur la fin. Elle me voit passer et m'encourage aussi. Sympa. Km9. J'apperçois Yann en haut de la côte du dernier tunnel. Je suis contente de le voir. Il me prend en photo alors je râle parce que j'aime pas qu'on me prenne en photo quand j'ai l'air d'être à l'agonie! lol Comme d'hab, il me dit que si je râle c'est que je suis encore bien. Je terminerai en 1h03.

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Il court un peu avec moi et me dit qu'il reste 200m. Je rejoins le monsieur qui était avec sa femme et quand on arrive dans le stade on est encore acclamés. Je passe la ligne en levant les bras. ça y est, mon chemin de croix est enfin terminé! 3H40 de durs efforts. 120ème femme sur 137. 1254ème sur 1315 arrivés + 50 abandons. Sans compter tous ceux qui au vu du temps n'ont même pas osé venir!

Un enfant me remet ma médaille en me disant bravo Madame c'est la fête des mamans en plus. C'est mignon. J'oubli d'aller chercher mon t-shirt je n'aurai donc que les restes un peu trop grand. Par contre je suis bien contente de trouver de la pastèque et des sandiwhs au camembert sur la table de ravitaillement! ;)

Je retrouve Yann et je pleure dans ses bras. Toute la pression et le stress accumulés s'évacuent d'un seul coup. Physiquement c'était moins dur que le marathon mais mentalement bien plus difficile... enfin pour moi. Au final, je ne crois pas encore avoir réussi à exorciser ma phobie de l'eau mais je crois m'être bien battue. Je ne l'ai pas laissé gagner. C'est tout ce qui compte!

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