Marathon de Paris 2016: I'm a finisher!

Cela fait pas mal de temps que je n'avais plus pris la plume (enfin le clavier) pour vous narrer mes fabuleuses histoires de jeune runneuse. Il faut dire que ces derniers temps j'ai été quelque peu occupée et préoccupée. Le début de saison a été disons le, assez chaotique. Une première course le 14 février: la "Crystal Run" qui, pour une première édition fut plutôt très décevante et à l'issue de laquelle je me suis blessée (élongation aux abdos et oui plutôt bizarre, non? lol). J'ai été tellement déçue que je n'ai même pas eu envie de vous faire un compte-rendu.

Le 6 mars j'ai couru ma deuxième course officielle pour cette année 2016: le semi de Paris. Je l'ai couru dans le cadre de ma préparation au marathon de Paris (un de mes deux objectifs de ouf de l'année ;) le deuxième étant un half ironman, vous vous souvenez?). Je n'ai pas vraiment apprécié cette course non plus. J'ai eu très mal à la hanche dès le 10ème kilomètre et ai mal géré mon allure de course pour taper le RP. Il faut dire que depuis des semaines je m'entrainais surtout à tenir sur la durée et non à améliorer ma vitesse. Terminé en 2H12, je n'ai fait que 3mn de mieux qu'au semi de Vincennes (et nettement moins bien que ce que j'ai maintenu aux 20K de Paris). J'ai été un peu déçue et j'ai trouvé le parcours assez dur. Autant vous dire que lorsque j'ai appris que ce même parcours se retrouverait sur le marathon, j'ai commencé à flipper!

Les semaines ont passées et les petits bobos se sont enchainés. Le seul point positif est que j'ai enfin réussi à soigner ma fibrose au jambier postérieur que je trainais depuis 1 an. Le boulot, les enfants, la morosité ambiante, la peur des blessures... tout ça n'a pas été dans le sens d'une prépa optimum. Je m'en suis donc plus ou moins sortie avec 3 (parfois 4 séances de run par semaine, très souvent remplacée par une séance de vélo ou natation) + quelques séances de renfo. J'ai fait un mix entre deux plans d'entrainement sans vraiment en suivre un d'un bout à l'autre. Bref, une prépa à la wannagain mais une prépa quand même. Cela m'a occupée pendant 12 semaines. Et plus l'échéance approchait et plus la pression montait. Dans tout ça, je n'avais donc pas une minute à moi pour vous écrire mes mémoires.

Hier nous étions le 3 avril et le 40ème marathon de Paris a eu lieu. Aujourd'hui, je ne suis qu'une grosse douleur géante alors je profite que je ne peux plus trop bouger pour vous écrire mes aventure ;)

Une semaine avant la date fatidique, me voilà stressée à mort. OK j'ai été un tout petit peu réconfortée par ma sortie trail de 27km en 3H où je me sentais encore un peu d'attaque à la fin. Elle m'a rassurée sur le moment. Et puis les doutes sont réapparus: Je n'ai pas assez fait de SL, je ne suis pas montée assez haut en kilométrage. Je n'ai pas fait assez de fractionnés longs. Je n'ai souvent couru que 3 fois par semaine... bref le doute, l'angoisse. Vais-je être capable de terminer ce marathon? L'entourage qui commence à te poser 10 fois la même question par jour: Alors tu es prête? Mais j'en sais rien! Comment le saurais-je? On ne court jamais la distance de 42 bornes avant le jour J. Ah bon? Mais pourquoi? Parce que sinon on risque de se blesser? Ah bon? Mais alors tu vas te blesser. Tu ne vas jamais y arriver. Tu es sûre que c'est raisonnable?

Comment vous mettre encore plus martel en tête...

Ignorons, ignorons ces gentils néophytes de la course à pied qui ne pensent pas à mal en te lançant un nombres de phrases décourageantes hallucinantes...

J-3: Je fais tout comme il faut. Je fais attention à mon alimentation. J'avale de l'arnica en granule et je m'en tartine sur les jambes chaque soir. J'ai peur de ne pas y arriver.

J-2: Je retire mon dossard et celui de Yann qui est très blessé et qui veut quand même courir pour être à mes côtés. Je stresse qu'il ne se blesse davantage.

J-1: Nous déposons les enfants chez mamy et nous essayons de nous décontracter. Pour moi, impossible de penser à autre chose. J'angoisse de me blesser.

Jour J: Je n'ai pas dormi depuis 2 nuits (la gosse malade, le voisin qui fait la nouba et puis le stress...). J'ai une boule à l'estomac. Je n'arrive pas à manger. Pourtant je sais qu'il le faut. J'avale tant bien que mal 2 riz au lait et une barre de céréales. Je me prépare. Je réveille Yann et c'est parti. Dans le train le stress augmente encore d'un cran. J'ai bien fait de prendre un smecta avant de partir...

9H15: Arrivée sur les Champs Elysées. Il fait super beau voire trop beau. J'ai peur d'avoir trop chaud. Un petit tour aux toilettes et nous nous rendons vers le sas de départ.

10H: Nous sommes serrés comme des sardines. Le soleil tape. Heureusement que je suis petite, un grand costaud me cache des rayons éblouissants. L'attente commence à être longue. Je suis pressée d'y aller maintenant. J'ai le nez qui coule. Mince plus de mouchoirs. Une gentille dame supportrice m'en offre un. On entend les départs échelonnés des sas d'avant. Nous sommes dans le dernier, celui des 4H30. C'est le dernier sas mais ce qui est rassurant c'est de voir qu'à l'intérieur il y a aussi des meneurs d'allure avec une flamme 5H et une flamme 5H30. Ouf, je ne serai pas la seule à finir dernière :D

10H15: L'heure où nous devions commencer la course... mais non. Nous patienterons encore 10mn. Derrière moi de grands gaillards racontent leur premier marathon à Rome et disent qu'ils en ont bavé à cause des pavés et qu'ils ont mis plus de 5H... et ben... qu'est-ce que ça va être celui-ci alors? Il faut dire que la veille j'avais jeté un oeil sur le parcours et ses différentes difficultés. J'avais notamment repéré la montée du 7ème, l'enchainement des tunnels en descente/montée rapides, aux alentours du 24-25ème et une belle montée au 34ème. Bref moi qui ne suis pas trop à l'aise dans les côtes car le cardio s'emballe vite, je m'étais déjà fait une montagne du parcours. Je savais aussi que le piège était de partir trop vite, portée par l'euphorie du départ et par le côté roulant du début du parcours.

10H27: Le départ est donné. Les 5 premiers kilomètres passent comme une lettre à la poste. Je surveille mon allure pour ne pas dépasser les 6,30 du kilo. Les autres coureurs sont raisonnables. Personne ne s'emballe. L'ambiance est bonne. Le parcours me semble facile jusqu'à la fameuse montée du 7ème. Je la négocie bien, ne perds pas de temps et ne me fatigue pas trop. Le genou de Yann tient le coup. Bref, tous les compteurs sont au vert. Je vois mon amie Nathalie qui m'avait promis d'être là au 7ème, 21ème et de me rejoindre au 30ème pour courir avec moi les 12 derniers kilomètres. Je lui souris. Je suis contente de mon début de course. A ce moment je me force à manger une pâte d'amande. Je n'ai absolument pas faim mais j'avais prévu de me ravitailler toutes les 45mn environ alors j'applique mon plan à la lettre. Je bois 2 gorgées d'eau tous les 2km et je me mouille la tête à chaque ravitaillement car la chaleur commence à monter. Nous n'avons pas eu le temps de nous habituer à ces 21 degrés printaniers. La veille encore la doudoune était de sortie. Alors déjà qu'en temps normal je ne supporte pas la chaleur... en plus je suis habillée en noir et il n'y a quasiment pas d'ombre sur le parcours... je sens que ça va être dur.

10ème kilomètre: Un pipi sauvage plus tard... j'ai perdu un peu de temps mais j'avais tellement peur d'avoir envie sur la fin et de ne plus réussir à me relever que j'ai pris les devant! mdr

Au ravito, je voulais prendre une orange. Sur le semi ça m'avait plutôt réussi. Mais plus rien. C'est aussi ça de passer dans les derniers... on fait avec les restes.

15ème km: Ma hanche se réveille et le genou de Yann fait bien mal. Il n'arrête pas de me dire qu'il va bientôt me laisser, que c'était prévu de toutes façons. Je sens qu'il est déçu. Je suis triste pour lui mais j'essaye de rester concentrer. Enfin des oranges et de l'eau fraiche (trop fraiche d'ailleurs, ça gèle le cerveau)

21ème: On franchi l'arche du semi (cela fait un peu bizarre car c'est quelque chose que l'on ne fait jamais. D'habitude c'est là qu'on s'arrête!) Yann trouve que cette première partie est passée plutôt vite... tout est relatif :D Je reprends 2 quartiers d'orange et une bouteille d'eau qu'on se partage à deux. Tous les 5km, le même rituel. On boit tous les deux. Je mange mes oranges et rien d'autre car les pâtes d'amande ne passent finalement pas. Je me vide la moitié de la bouteille d'eau sur la tronche et c'est reparti. Petite montée et on aperçoit Nathalie qui nous remotive.

24ème: J'ai trop mal à ma hanche. J'ai dangereusement ralenti. Yann alterne marche et course. Il s'arrête et s'étire, se masse le mollet puis me rejoins mais il a de plus en plus mal dans toute la jambe. J'essaye de ne pas m'arrêter, de continuer de trottiner mais j'ai peur qu'il me laisse. Je sais qu'il veut rester le plus longtemps possible à mes côtés. Mais je sais qu'il souffre et ça me perturbe. Du coup je me laisse envahir par ma douleur aussi et le moral en prend un coup. Au 25ème je craque j'avale deux aspirines, 2 oranges et je repars. On longe les quais et j'entends les supporters sur le bord de la route dire "ça commence à être dur pour eux ça se voit"... Démotivant. Mais je sais que je peux faire mieux. J'ai déjà couru 27, je peux arriver jusqu'à 28 sans problème. Satanée hanche. Je sais qu'elle n'aime pas le bitume. Mes sorties longues je les fais en forêt, ce n'est pas pareil. Là je souffre. Je me rassure en me disant qu'au moins la cheville ne moufte pas.

27ème: le paysage est vraiment beau, heureusement, on se diverti comme ça. Mais il fait vraiment trop trop chaud.

28ème: je dis à Yann que ça y est j'ai battu mon record de distance. Je suis contente mais en même temps qu'il me dit que ça y est je suis dans l'inconnu, la peur de ne pas réussir reprend le dessus. Quand est-ce que le fameux mur que tout le monde redoute va me tomber dessus? Est-ce que Yann sera encore là? Est-ce que je vais pouvoir continuer à courir? Pourrais-je au moins marcher ou ressemblerais-je à ces pauvres coureurs qui avancent péniblement en trainant la patte, l'oeil hagard, semblable à un zombie en mode survie?

Le 30ème km arrive et avec lui son mur matérialisé devant nos yeux par une pancarte géante: un mur de brique cassé en deux que nous traversons. Ce symbole est fort et en même temps flippant. Pour l'instant j'en ai plein les pattes mais je cours encore. Est-ce que cela veut dire que je n'ai pas rencontré le mur mythique et que donc je ne le rencontrerai pas? L'espoir me traverse l'esprit. Yann m'annonce qu'il va passer le relais à Nathalie et qu'il va s'arrêter là. Je lui fais un gros bisou. Il a été fort. Je suis triste de le laisser mais je suis fière qu'il ai tenu jusque là avec sa blessure. Je vois le sourire de Nathalie qui prend le relais et me rebooste. Je cours à son rythme de "tortue encore fraîche" :) elle me dit que je suis bien, que j'ai encore un bon rythme. Il reste 12 km. Elle m'annonce: "tu cours 6 pour ta fille et 6 pour ton fils". Je cours, enfin je trottine. Elle s'occupe bien de moi. Une vraie petite maman :) Elle va me chercher à boire. Elle m'indique où je peux aller me rafraichir. (Merci aux bénévoles et aux pompiers d'avoir prévu autant d'arrosage sur le parcours.) Je suis trempée des pieds à la tête. Mon short me colle et j'ai peur d'avoir de beaux échauffements à l'arrivée. Je vois de plus en plus de coureurs s'arrêter. Marcher. Repartir. Nous croisons les ambulances à tout va. Il fait vraiment une chaleur harassante. Nathalie m'arrose la tête. Je lui dis que je ne me sens pas bien.

35ème: les crampes arrivent. Je les imaginais dans les mollets mais à première vue mes chaussettes de compression ont fait le job. Elles vont se concentrer dans les quadriceps. Ouille. Je morfle grave. Mes muscles se contractent, se raidissent, refusent de me porter plus loin. Ce sera mon premier mur à moi. Le mur physique. J'ai mal. Je m'arrête. Nathalie me conseille de m'étirer très doucement pour ne pas risquer le claquage. Elle me met de l'eau froide sur les jambes et me tient la main pour me forcer à marcher vite. "Continue de marcher où les muscles vont tétaniser." Je l'écoute. Mais j'ai mal. Très mal. La hanche, les cuisses, et le genou qui commence à me lancer. A partir de là je vais alterner marche et course. Je n'abandonnerai pas.

36ème: J'en ai clairement marre. Nathalie me fait penser aux enfants. "Tu as fait le chemin pour ta fille. Tu dois faire le même pour ton fils". Vais-je en être capable? Je regarde le scoubidou fait par mon fils que j'avais accroché à ma ceinture et le bracelet de ma fille. Et la question fatidique arrive: Mais qu'est-ce que je fous là??

37ème: nous arrivons dans le bois de boulogne et je cours les yeux fermés. Je n'écoute plus ma musique. J'en ai marre. Je ne veux plus voir les coureurs courir ou marcher, les deux me démoralisent. Je respire. Fort. J'essaye de m'évader. De me mettre dans ma bulle. De ne plus réfléchir. Je suis le rythme de Nathalie à l'instinct. Je commence à déconnecter.

38ème: 2ème mur. Le mur psychologique. Mais ça ne se terminera donc jamais? Mais c'est une torture cette distance! Comment cela peut être ta distance préférée Nathalie? Désormais je couine à chaque pas comme une souris à qui on marcherait sur la queue. Je souffre physiquement et mentalement. Yann m'appelle au téléphone. J'ai envie de répondre mais je n'y arrive pas. Je demande à Nathalie de le faire. Elle lui dit que je ne lâche rien et que je suis au 39ème. Il nous attend près d'un tambour jaune au 41ème.

40ème: Nathalie me dit qu'il ne reste que 2 petits kilomètres. C'est que dalle mais ça me paraît une montagne. Je guette les tambours jaune et le panneau du 41ème. Enfin je le vois. Yann nous fait signe. Il nous rejoins et me félicite. Le trop plein d'émotions m'envahit alors et je pleure comme un bébé. De douleur, de joie, de je ne sais quoi mais c'est incontrôlable. Nathalie me dit de garder mes dernières forces. Je cours ce putain de dernier kilomètre et on passe devant les photos du 42ème main dans la main, tous les trois. La victoire est belle. C'est une victoire en équipe. Le running est le seul sport solitaire où l'on a besoin d'être entouré pour réussir. 5H25 de doutes, de souffrance autant physique que psychologique mais 5H25 de dépassement de soi et de fierté! Je ne remercierai jamais assez Nathalie qui, elle-même blessée, a fait une croix sur son propre marathon et qui, par générosité, gentillesse et abnégation, m'a portée sur les 12 km les plus durs de toute ma vie. Je ne remercierai jamais assez mon amour de mari qui n'a rien lâché pour ne pas m'abandonner. Qui a supporté une intense douleur pour m'emmener 31km vers la ligne d'arrivée car il savait combien c'était important pour moi de franchir cette ligne. Cette ligne symbolique que ma santé m'avait refusé de franchir l'année dernière. Une belle revanche sur mon année de doute. Une belle revanche sur la vie. A 29 ans j'étais encore obèse et sédentaire. A 32 ans, j'ai couru les mythiques 42,195km et suis devenue marathonienne!!

Et vous savez quoi? J'en ai bavé. J'ai grave morflé. J'étais à deux doigts de crever mais au final, je crois que j'ai adoré :D

Au départ devant l'arc de triomphe

Au départ devant l'arc de triomphe

Une belle équipe!
Une belle équipe!

Une belle équipe!

Seul bobo improbable: une brûlure au bras! lol

Seul bobo improbable: une brûlure au bras! lol

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