Semi marathon de Vincennes: C.R.

Lendemain de ce qui a été la course la plus dure de toute ma vie...

Cela ne s'est pas exactement passé comme je le rêvais mais avec toutes les mauvaises conditions pré-course qui me sont tombée dessus, je ne m'attendais plus à grand chose.

7H: Je me lève. Encore une nuit de merde où je n'ai presque pas dormi car ma fille a beaucoup pleuré à cause de cauchemars et d'un rhume qui s'éternise. J'ai toujours mal à la gorge et mal au ventre. Je suis crevée. Je sais que ça va être dur. Je déjeune sans trop de conviction et m'habille. Vu le temps, je décide de mettre un t-shirt mais de garder le collant long histoire d'avoir un peu quelque chose qui comprime mon mollet au cas où il déciderait de faire des siennes. Je prépare ma ceinture d'hydratation en décidant au dernier moment de remplir deux bidons d'eau pure et deux autres de boisson énergétique à la cerise... quelle mauvaise idée.

8H: En route direction Vincennes. ça roule bien et on trouve une place à 500m dès notre arrivée. Nous somme bien en avance. Nous repérons le départ puis nous quittons avec regret nos gilets pour aller nous échauffer un peu. Je retire au moins 3 fois mes baskets car j'ai du sable qui se met dans mes chaussettes et (encore une bonne idée), comme j'ai mis de la crème anti-frottement, celui-ci se colle à mes pieds et ne glisse pas, du coup ça me scie la peau à chaque foulée. Je croise les doigts pour qu'il n'y ait pas trop de passage sableux sur le parcours.

9H45: Une petite photo souvenir, un petit bisou d'encouragement et nous nous séparons. Mon mari a un dossard pair et moi impair et les numéros ont été séparés de part et d'autre de la zone de départ car pas assez de place pour accueillir tout le monde. Le speaker annonce que nous sommes 3000; j'aurai pensé plus.

10H: Le départ est donné et j'ai déjà le mental d'une perdante. Je suis obnubilée par mon mollet, par la fatigue et me persuade que je n'arriverai pas au bout. Le niveau est élevé. Tout le monde part très vite et j'ai beau me mettre des oeillères pour ne pas être déstabilisée par la foule qui me dépasse, je ne parviens pas à caler mon rythme sur 6mn/km comme prévu. Je parcours les 5 premiers km en 28mn. Je suis trop rapide et je sais que je suis en train de me griller.

A partir du 5ème je ralenti un peu l'allure et jusqu'au 10ème je serai bien aux alentours de la moyenne fixée. Le parcours me paraît plus dur que je l'avais imaginé. Il était sensé être plat, il est en fait bourré de faux plat négatifs comme positif bien casse-patte. Le tracé ne passe quasiment que par de la route. J'espérais courir un peu sur terrain meuble mais 90% se fera sur bitume... trop dur pour moi qui n'ai parcouru qu'une seule fois cette distance en entrainement mais en forêt. Je sens mes jambes souffrir, mon dos aussi et le moral n'est pas là. J'essaye de me divertir en suivant Batman (qui lui, pour faire honneur à son déguisement, vole littéralement vers l'arrivée), une dame qui court en tong (si si je vous jure) et un petit chien qui m'accompagne pendant quelques centaines de mètres (a-t-il perdu son maître?) Mais au tournant suivant (nous sommes entre le 10 et le 11ème km), je dérape et me tord le genou droit en descendant d'un trottoir. Aïe ça fait mal. Je suis dégoutée. Pour une fois que ma jambe gauche ne criait pas au secours, c'est mon genou droit qui me lâche. Chaque pas est une souffrance. Le mental n'est plus du tout là. Je ne finirai pas la course c'est sur. Je trottine et perd de la vitesse. Je parviens tout de même jusqu'au 12ème km ou je croise les secours qui accourent vers un grand balèze tombé dans les pommes au milieu des orties... le pauvre. J'ai trop mal. Je marche un peu mais ça ne me soulage pas. J'ai du mal à repartir. Je n'arrive plus à accélérer. Les km passent et j'alterne marche et course. J'ai particulièrement détesté la grande ligne droite sur la route aux côtés des voitures en circulation qui puent et t'empêche de respirer l'air pur.

17ème km je me fais inlassablement doubler et encore doubler. Je ne vois même pas le panneau du dernier meneur d'allure qui est le seul à ne pas avoir de timing écrit sur son drapeau mais une mignonne petite tortue dessinée... sympathique comme façon de motiver les derniers. Remarque à ce moment là, il m'aurait plutôt fallu un escargot si ce n'est une limace à suivre, la tortue aurait été encore bien trop rapide. Je croise quelques personnes qui m'encouragent à continuer. Je trottine tant bien que mal jusqu'au 18ème km et là, je vois que les 2H sont passées. Je ne battrai pas mon chrono ça c'était sur dès le départ mais je ne lui arriverai même pas à la cheville. Et là, ça m'achève. Plus aucun mental. J'ai envie d'abandonner. Mais je ne suis pas comme ça. J'ai dit que je le terminerai, je le terminerai! Mon mari doit m'attendre depuis longtemps et doit s'inquiéter. J'ai aussi mon papa, qui même malade, est venu exprès pour m'encourager. Pour eux, je n'ai pas le droit d'abandonner. Je vois le panneau qui indique "château de Vincennes à 1400m" ça me parait une éternité mais je cours, je cours et j'accélère un tout petit peu pour dépasser quelques coureurs tout aussi à la peine que moi. Je vois mon mari (qui lui l'a bouclé en 1H36) et mon père sur le côté. Grâce à leurs encouragements je sprint sur les derniers mètres pour ne pas perdre la face. Je passe la ligne et je me sens vraiment mal. J'ai la tête qui tourne et très mal au genou. Le ravitaillement très pauvre ne propose que des verres d'eau, des mini morceaux de banane et des petites barres de chocolat noir. J'en prend un de chaque et boit beaucoup. Bizarrement j'ai eu très chaud et très soif pendant toute la course. J'ai énormément transpiré alors qu'il ne faisait que 13 degrés. Et je regrette vraiment d'avoir bu cette boisson à la cerise. Mon estomac ne me le pardonnera pas. Sur le chemin du retour j'ai vomi mes tripes dans la bagnole (désolée pour les détails sordides) mais j'ai au moins appris une chose: ne boire que de l'eau même pendant une course longue c'est ce qui m'a toujours réussi et ne surtout pas manger quoi que ce soit dès l'arrivée; laisser le temps à mon organisme de souffler, de reprendre ses "esprits" avant de lui demander un quelconque effort de digestion.

Mon mari et mon père sont très fiers de moi. Mon père va jusqu'à me dire qu'il trouve que c'est une performance extrême de pouvoir courir une telle distance... surtout pour moi, l'ancienne obèse qui n'ai plus fait de sport depuis mes 16 ans. Je retrouve un peu le sourire malgré ma douleur persistante. Je termine donc ce 1er semi officiel en 2H15. Malheureusement, je n'arriverai pas à en garder de bons souvenirs ni à être fière de moi, même si ça a été une expérience à vivre.

Ce matin j'ai toujours aussi mal malgré le repos, la glace et la crème anti-inflammatoire. J'ai aussi quelques courbatures à la cuisse gauche et bizarrement dans les cervicales. Mais la bonne nouvelle c'est que mon mollet est au sommet de sa forme :) Je pense que mes nouvelles chaussettes de récupération y sont pour quelque chose...

Voilà pour les dernières aventures d'une coureuse blessée et obstinée. Enfin, ce qui me console c'est qu'au moins la médaille est belle ;)

Semi marathon de Vincennes: C.R.
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